lundi , 28 septembre 2020
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Pourquoi nous tracassons-nous tant ? – Santé


La propension de l’homme à ruminer est clairement une réalité de toutes les époques, de toutes les cultures et même de tous les âges. Mais comment expliquer qu’elle soit si profondément ancrée dans notre nature alors qu’elle ne semble présenter aucun intérêt ?

Après les travaux pionniers du psychologue américain Thomas Borkovec, les recherches sur l’utilité des ruminations se sont multipliées, notamment celles du psychologue néerlandais Bart Verkuil, chercheur et professeur à l’université de Leyde :  » Les ruminations se caractérisent par un enchaînement de pensées négatives. Typiquement, elles commencent par des questions de type ‘et si… ? ‘, suivies d’une succession de scénarios plus terrifiants les uns que les autres, qui focalisent principalement sur les personnes et les choses qui nous sont les plus chères. D’après le psychologue Steven Hayes, ces ruminations quotidiennes constituent donc une douleur inéluctable pour les êtres aimants que nous sommes – une forme détournée de sollicitude, en quelque sorte. Il estime que nous devons accepter de vivre avec ces pensées qui nous turlupinent, car tenter de les combattre n’a aucun sens.  »

Après les travaux pionniers du psychologue américain Thomas Borkovec, les recherches sur l’utilité des ruminations se sont multipliées, notamment celles du psychologue néerlandais Bart Verkuil, chercheur et professeur à l’université de Leyde :  » Les ruminations se caractérisent par un enchaînement de pensées négatives. Typiquement, elles commencent par des questions de type ‘et si… ? ‘, suivies d’une succession de scénarios plus terrifiants les uns que les autres, qui focalisent principalement sur les personnes et les choses qui nous sont les plus chères. D’après le psychologue Steven Hayes, ces ruminations quotidiennes constituent donc une douleur inéluctable pour les êtres aimants que nous sommes – une forme détournée de sollicitude, en quelque sorte. Il estime que nous devons accepter de vivre avec ces pensées qui nous turlupinent, car tenter de les combattre n’a aucun sens.  » Ces ruminations feraient donc partie intégrante de ce qui nous rend humains. Malheureusement, comme elles se concentrent principalement sur ce qui nous touche le plus, il est souvent difficile de les mitiger et ce à plus forte raison parce qu’il s’agit largement de réactions automatiques, d’une sorte de réflexe.  » Il faut dire qu’elles ont joué un rôle important au fil de notre évolution, souligne le Pr Verkuil. Les lointains ancêtres des personnes les plus enclines à se faire du mouron étaient vraisemblablement les individus les plus vigilants, ceux qui étaient sans cesse à l’affut d’un éventuel danger. À l’autre extrême du spectre, on trouvait les intrépides, qui prenaient au contraire plaisir à explorer des territoires inconnus pour y dénicher les meilleures ressources alimentaires… Ces deux types de personnalité avaient évidemment tous deux leur importance pour la préservation de l’espèce. Au fil du temps, l’homme a évolué vers un mode de vie de plus en plus grégaire qui a fortement réduit les risques de rencontre avec un prédateur, par exemple. Mais dans le même temps, le développement de son cerveau lui a aussi ouvert la possibilité d’imaginer des menaces et d’élaborer sur cette base toute une série de prédictions concernant l’avenir – en un mot, de se mettre à ruminer ! Cette tendance présentait néanmoins certains avantages pour l’espèce dans son ensemble : à mesure que l’homme est devenu un être de plus en plus social, il a aussi dû apprendre à cohabiter de mieux en mieux avec ses semblables. En s’inquiétant de ce qui aurait pu menacer l’harmonie du groupe et en y étant attentifs, les ‘vigilants’ contribuaient à sa cohésion.  » Pour des raisons évolutionnaires, les personnes qui se tracassent beaucoup sont donc aussi soucieuses d’harmonie, promptes à faire des compliments et allergiques aux conflits, ce qui devrait théoriquement en faire des individus plutôt faciles à vivre.  » À moins que la face sociable de leur personnalité ne tourne fou et qu’ils ne commencent à s’inquiéter à tort et à travers. Ces grands anxieux sont en effet aussi particulièrement doués pour détecter les émotions et les pensées négatives des autres, ce qui les pousse à s’inquiéter pour eux, mais aussi à trop se soucier de leur opinion. Poussée à l’extrême, leur sollicitude peut irriter leur entourage. En outre, ils ont souvent eux-mêmes du mal à poser des limites : que ce soit à la maison, au travail ou entre amis, ils n’expriment pas suffisamment leurs propres frustrations, accèdent trop facilement à toutes les demandes et encaissent les critiques sans protester. Pas étonnant, donc, qu’ils soient facilement débordés et parfois sujets aux explosions de rage… voire, au fil du temps, aux plaintes somatiques liées au stress des années passées à s’angoisser.  » Comme si souvent, le poison est donc avant tout dans la dose. Tant qu’elles n’échappent pas à tout contrôle, nos ruminations présentent en effet aussi bien des avantages, souligne le Pr Verkuil :  » Même les menaces qui n’existent (encore) que dans notre imagination suscitent en effet une réaction de stress et nous préparent à nous mobiliser pour limiter les dégâts attendus. Nous inquiéter nous permet donc de passer plus rapidement à l’action. On sait par exemple que les personnes qui ont tendance à ruminer sont plus enclines à participer aux campagnes de dépistage précoce du cancer. D’après la psychologue Kate Sweeny, elles sont aussi – pour autant que cette tendance reste saine – mieux à même d’affronter les contretemps, parce qu’elles s’y sont en quelque sorte préparées. Nous tracasser peut aussi nous aider à prendre conscience de ce qui est vraiment important pour nous et à définir clairement nos priorités et nos valeurs.  » Comment expliquer que certains  » déraillent  » ?  » La tendance est en partie héréditaire, mais elle peut aussi être influencée par des facteurs environnementaux. Elle deviendra ainsi plus facilement problématique chez les personnes qui ont appris dès leur plus jeune âge à être sans cesse sur leurs gardes, par exemple parce qu’elles ont grandi dans l’insécurité… ou même dans une famille aimante, mais qui leur rappelait sans cesse les risques de l’existence et l’importance de la prudence. Celles qui n’ont jamais vraiment appris à gérer sainement leurs difficultés émotionnelles ont aussi tendance à ruminer plus que les autres. Il est donc très important d’apprendre aux enfants à relativiser, à se rasséréner, à voir le bon côté des choses, à faire valoir leurs droits, à faire appel au soutien des autres, etc. Même les adultes pourront au besoin développer ces aptitudes, par exemple par un entraînement à la régulation émotionnelle.  » Vous voulez moins ruminer ? Il est avant tout important de prendre conscience qu’il y a là un choix à faire entre vous laisser prendre au piège de vos pensées ou au contraire changer d’approche : cela peut s’apprendre, par exemple par le biais d’une thérapie cognitivo-comportementale.  » Il est notamment important d’apprendre à lâcher prise, explique le Pr Verkuil. Nous n’avons aucune prise sur une partie de ce qui nous arrive, mais nous pouvons toujours choisir comment nous y réagissons. Focalisez-vous sur ce que vous pouvez contrôler et, plutôt que de vous faire du mauvais sang, transformez vos inquiétudes en une sollicitude active. Plutôt que de vous tracasser au sujet du pronostic encore incertain de votre conjoint malade, pourquoi ne pas chercher à lui faire plaisir ici et maintenant ? Si vous avez du mal à vous concentrer sur l’instant présent, vous pourriez utilement suivre un entraînement à la pleine conscience. D’une manière ou d’une autre, l’important est de trouver un moyen de sortir de vos ruminations incessantes. La relaxation physique sous toutes ses formes peut également vous y aider.  » Le Pr Verkuil conclut par un dernier conseil pour ramener les ruminations excessives à des proportions plus saines :  » Essayez d’être plus tendre avec vous-même et avec les autres. Ces pensées qui nous taraudent concernent souvent ceux qui nous entourent et ce qu’ils pourraient penser de nous. Elles partent donc du principe d’un environnement social hostile, critique ou malveillant. Bien souvent, elles sont toutefois aussi sous-tendues par un besoin de proximité, d’un lien avec les autres. Des recherches ont montré que les pessimistes, surtout, peuvent retirer un bénéfice des contacts humains : bien entourés, ils rapportent davantage d’émotions positives et une vision plus optimiste de l’avenir. Les amitiés peuvent s’avérer salutaires pour les personnes qui ont tendance à s’inquiéter, en leur apportant une certaine tranquillité d’esprit et en les aidant à mieux profiter de la vie.  » An Swerts


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