jeudi , 27 février 2020
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Quand la fausse couche survient

Crainte légitime, parfois obsédante: la peur de la fausse couche s’invite souvent dans les esprits dès l’annonce d’une grossesse. Quand elle se produit, le choc n’en est pas moins considérable, même si l’on sait à quel point le phénomène est fréquent. «Si l’on pouvait comptabiliser toutes les grossesses, même celles qui prennent fin si précocement qu’elles passent inaperçues, on frôlerait sans doute le 50% de risque», estime le Pr Michel Boulvain, médecin-chef du Service d’obstétrique du Groupe hospitalier ouest lémanique (GHOL).

Dans près de 90% des cas, la fausse couche se produit au cours du premier trimestre. Deux causes prédominent. La première est chromosomique: les divisions cellulaires aboutissant à une grossesse peuvent en effet être le siège de réarrangements chromosomiques, autrement dit engendrer des défauts sur le nombre ou la structure des chromosomes. On sait par exemple que les trisomies 21, 13 et 18 sont les seules qui peuvent donner lieu à des grossesses viables. La seconde cause est liée à une mauvaise implantation de l’œuf dans l’utérus, soit à un endroit peu propice de la paroi utérine ou, plus dangereux, dans les trompes de Fallope (grossesse extra-utérine).

Prise en charge au cas par cas

«Tout saignement ou douleur dans le ventre en début de grossesse nécessite une prise en charge médicale, rappelle le spécialiste. La première urgence est d’écarter l’hypothèse d’une grossesse extra-utérine: celle-ci ne peut être menée à terme, et surtout elle comporte un risque élevé d’hémorragie par rupture de la trompe concernée.» Qu’en est-il en cas de fausse couche avérée? «La prise en charge se fait au cas par cas selon le stade de la grossesse, précise le Pr Boulvain. Une surveillance est nécessaire ensuite dans les semaines qui suivent en raison d’un risque d’infection.» Et de rappeler: «On parle de fausse couche jusqu’à 22 semaines d’aménorrhée (absence de règles) et on la qualifie de « tardive » quand elle se produit, durant cette même période, entre 12 et 22 semaines. Passé ce délai, le fœtus est déclaré à l’Etat civil et l’on parle de décès in utero, plus de fausse couche». Les causes sont alors différentes de celles entrant en jeu en début de grossesse: malformation du col de l’utérus, infection (Listériosepar exemple) ou encore défaut de développement du placenta.

Si les causes et stades concernés de la grossesse sont des facteurs essentiels pour la prise en charge de la femme sur le plan physique, aucune règle ne fait loi concernant le suivi psychologique. «Même lorsque la fausse couche survient très tôt dans la grossesse, elle peut constituer une épreuve intense pour certaines femmes, certains couples, insiste la Dre Lamyae Benzakour, médecin adjointe responsable de la psychiatrie de liaison aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). A tout moment, si le besoin s’en fait sentir, il ne faut pas hésiter à en parler avec un professionnel. Sentiment de culpabilité, remise en question du mode de vie et de la capacité à être mère: même si dans l’immense majorité des cas, les femmes ne sont en rien responsables de la fausse couche qui a mis un terme à leur grossesse, l’événement les renvoie à une image très négative d’elles-mêmes. Le désarroi et la douleur peuvent aller jusqu’à la dépression ou le trouble de stress post-traumatique (lire encadré).»

Nouvelle grossesse?

Très vite, la question peut se poser: quand envisager une nouvelle grossesse? «Sur le plan médical, il n’y a généralement pas de délai particulier à respecter. Mais il est crucial de tenir compte des dispositions psychologiques», évoque le Pr Boulvain. «Il y a la temporalité du corps, et il y a celle du psychisme, confirme la Dre Benzakour. Il s’agit parfois d’entreprendre un réel deuil périnatal, et pour cela, aucun délai n’est préétabli.» La suite? «Elle ne se dessine pas sur un mode « tout noir » ou « tout blanc », où tout à coup on se sentirait parfaitement bien, considère la psychiatre. Mais quelques prérequis sont précieux, notamment avoir retrouvé un certain apaisement, intégré que la grossesse passée ne se rejouera pas, et ne pas chercher à remplacer l’être perdu.»

Reste ce qui sera conté ou non aux éventuels frères ou sœurs. «Les non-dits ont un effet désastreux, rappelle la spécialiste. Alors oui, bien sûr, si l’événement a été marquant, il peut être raconté, tout naturellement, en tenant compte de l’âge et de la sensibilité de l’enfant. Si l’enfant perdu n’a pas pu voir le jour, il garde une place dans le souvenir et dans l’histoire familiale.»

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 15/01/2020.


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