mercredi , 23 septembre 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Qu’est-ce que l’âgisme (mépris de l’âge) ?

Qu’est-ce que l’âgisme (mépris de l’âge) ?


Si une majorité a retenu l’incapacité de Yann Moix à « aimer une femme de plus de 50 ans », les préjugés les plus récurrents sont très loin de faire la une de la presse. Pourtant, dans la vie quotidienne, l’âgisme est omniprésent. Mais qu’est-ce que l’âgisme, ce terme si peu utilisé, que seuls le dictionnaire ou l’Organisation mondiale de la santé peuvent nous éclairer* ?

Cette expression désigne toutes les discriminations liées à l’âge. S’il représente le troisième type de discrimination après le racisme et le sexisme, il est l’un des préjudices les moins reconnus.

« L’âgisme n’a pourtant rien d’une nouvelle discrimination, estime Nicolas Menet, sociologue. Je dirais qu’il est apparu au moment où l’on a créé le principe de retraite. »

Sans pour autant être contre, le sociologue estime que l’invention des régimes de retraite a institutionnalisé le parcours de vie en deux : le travail et la retraite. Une vision que l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) partage, puisqu’elle recommande d’éliminer progressivement l’âge réglementaire de départ à la retraite, considérant que cela contribuait à cette discrimination.

En France, plus on vieillit, moins on choisit ?

Les Canadiens ne diront pas le contraire. « Tous m’ont dit : ‘La manière dont les Français prennent leur retraite relève de la maltraitance' », raconte Gérard Ribes, professeur en psychologie. Le Canada est l’un des pays à avoir supprimé l’âge légal de départ en retraite.

« Là-bas, personne ne peut vous forcer à vous arrêter, poursuit le professeur. Et ce qui fait notre dignité humaine, c’est la possibilité de choix. Or, en France, plus on vieillit, moins on choisit. »

Qu’est-ce qu’une expression âgiste ? 

« À ton/votre âge… », « Tu ne fais pas ton âge », « Elle a 90 ans la pauvre dame, il ne faut pas qu’elle sorte, elle risquerait de tomber ». Les remarques âgistes peuvent prendre la forme de compliments qui soulignent l’âge de la personne, ou d’âgisme protecteur et misérabiliste, car on protège tellement la personne, qu’on la prive de ses libertés. Dans les deux cas, il s’agit d’une discrimination.

Une pression sociale et beaucoup de préjugés

L’âgisme est d’autant plus vicieux que, outre la moquerie, la marginalisation ou l’exclusion, il peut aussi être bienveillant. Certaines publicités sur-valorisent la vieillesse, affichant des seniors actifs, sportifs, qui consacrent leur énergie et leur temps aux petits-enfants. « C’est une forme d’âgisme, car en les mettant en scène de cette façon, on génère une pression sociale », explique Nicolas Menet.

Au travail, l’exemple parfait reste la personne d’une cinquantaine d’années « mise au placard, à qui l’on ne va plus confier de dossiers stratégiques, et qui sera écartée de la marche de l’entreprise en raison de préjugés comme celui sur la technologie ». Un phénomène qui n’augure rien de bon, face à l’âge de départ à la retraite qui ne cesse de reculer.

Mais comment expliquer ce comportement ? Selon le sociologue, l’une des raisons est anthropologique : une personne « âgée » a un lien avec l’avancée en âge et donc la mort. « C’est un sujet dont on ne parle jamais, regrette-t-il. On essaie même de cacher la mort, voire de la vaincre. »

L’âgisme existe aussi dans le milieu médical

Pour Nicolas Menet, « dans une société qui considère qu’elle est toujours plus moderne, toujours plus connectée, un senior représente celui qui est dépassé, qui ne comprend plus le monde dans lequel on vit. C’est faux ! »

Cette société qui privilégie le jeunisme, Jean-Pierre Aquino, délégué général de la SFGG, la regrette : 

« Tout ce qui importe, c’est ce qui est jeune, beau et vite exécuté. Mais, in fine, nous sommes tous le vieux de quelqu’un. »

Si ce préjudice est flagrant dans le milieu publicitaire et professionnel, il est également notable dans le monde des soins. Notamment aux urgences où « plus on est vieux, plus on attend », dénonce Jérôme Pellissier, vice-président de l’Observatoire de l’âgisme. « Il s’agit d’une considération implicite de la part de certains qui associent âge, fatalité et maladie », explique Jean- Pierre Aquino.

Créer du lien entre générations pour endiguer l’âgisme

Selon une étude menée par l’épidémiologiste Becca Levy, l’âgisme menace même la santé des seniors. « Cela touche la représentation de soi, explique Gérard Ribes. ‘En quoi suis-je encore utile ? Est-ce que je reste une personne intéressante ?… Ces effondrements de l’image de soi provoquent un état dépressif. »Mais alors, comment lutter ? D’autant que d’ici 2030, 30 % des Français auront plus de 60 ans.

Selon Jérôme Pellissier, cela doit passer par le vivre-ensemble : « Pour briser ces préjugés, les générations doivent se fréquenter. » Un argument que partage Jean- Pierre Aquino. Outre une meilleure représentation des retraités dans les organes décisionnaires, ce dernier encourage la multiplication d’expériences qui ont pour objet de faire de l’intergénérationnel. Par exemple, la cohabitation « crèche- Ehpad » ou encore l’initiative « 1 Toit, 2 Âges ». Gérard Ribes en est certain : « Dans une société qui a tendance à se fragmenter, créer du lien est le plus important. »

À lire aussi

Première apparition