jeudi , 24 septembre 2020
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Retrouver son odorat (anosmie) grâce au training olfactif


La pandémie de Covid-19 aura mis sur le devant de la scène un trouble neurosensoriel peu médiatisé jusqu’alors, celui de la perte ou de l’altération de l’odorat. En effet, selon une étude conduite dans 18 hôpitaux européens auprès de plus de 2 000 hommes et femmes testés positifs au virus SARS-CoV- 2, 73 % des patients suivis ont rapporté une perte brutale et totale de leur odorat (anosmie) et 14 % ont noté une diminution de leur sensibilité olfactive (hyposmie), la plupart du temps en association avec des troubles du goût.

En outre, on estime que 10 à 15 % de la population souffraient déjà d’un trouble de l’odorat plus ou moins sévère avant la survenue de cette crise sanitaire majeure. Et là encore, les maladies virales (rhumes, sinusites, grippes…) figurent en tête de liste des coupables, comme le confirme le Pr Pierre Bonfils, chef du service ORL et chirurgie cervico-faciale de l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) : « Ces virus détruisent les cellules de l’épithélium olfactif chargées de détecter les molécules odorantes en circulation dans l’air ».

« La deuxième cause de perte de l’odorat, ce sont les traumatismes crâniens pouvant induire une déchirure du nerf olfactif qui relie le nez au cerveau. Sans oublier le vieillissement physiologique de l’organe olfactif puisqu’on estime que 80 % des plus de 75 ans sont touchés. »

Des extraits de rose, de clou de girofle, de gingembre, de café… Ces stimuli olfactifs entretiennent l’odorat que l’on sait sensible aux attaques virales et au vieillissement.

1. Les produits odorants entrent dans les fosses nasales. Bien mastiquer permet aussi de libérer un maximum de molécules odorantes dans l’arrière-gorge qui ensuite passent dans la cavité nasale.

2. Les odorants atteignent l’épithélium olfactif : le message chimique est transformé en message électrique et stimule la formation de nouveaux neurones sensoriels.

3. Le message odorant est transmis au bulbe olfactif dans le cerveau.

4. Il parvient à l’amygdale et l’hippocampe. L’amygdale traite l’émotion, agréable ou désagréable, déclenchée par l’odeur. L’hippocampe joue un rôle essentiel dans le processus de la mémoire. Voilà pourquoi les odeurs sont reliées à nos souvenirs !

5. Le message odorant arrive au cortex orbifrontal, l’organe du parfumeur. C’est lui qui traite les sensations conscientes de l’odorat et du goût.

Quel est le meilleur traitement pour retrouver rapidement l’odorat ?

Les corticoïdes sous forme de comprimés ou de spray, habituellement destinés à traiter l’anosmie, sont contre-indiqués si celle-ci est due à la Covid-19.

« Le training olfactif est alors le meilleur des traitements », indique le Dr Jérôme Lechien du service ORL de l’hôpital Foch, à Suresnes. Ce dernier a suivi la cohorte de patients européens Covid-19 ayant, pour 85 % d’entre eux, retrouvé leur odorat au bout de deux mois. Constat partagé du côté du service ORL des Cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles, où cette technique de rééducation olfactive est recommandée depuis une dizaine d’années.

« On demande à nos patients de sentir, chez eux, des odeurs au moins deux fois par jour, pendant 5 minutes, et durant deux à trois mois ».

« On commence le premier mois par quatre odeurs, puis on change le ou les mois suivant(s), précise le chef de ce service, le Pr Philippe Rombaux. Certains patients se sont équipés de jeux de société de type “Loto des odeurs” ou “Le nez du vin”. Mais on peut tout à fait se tourner vers les épices, les huiles essentielles. L’important, c’est de réunir des odeurs variées permettant une stimulation olfactive large : du fruité, du floral, du boisé… »

Un programme de rééducation en 12 semaines pour soigner l’anosmie

Un protocole de rééducation olfactive à partir d’huiles essentielles a été développé par Jean-Michel Maillard, anosmique traumatique, président fondateur de l’association anosmie.org, en collaboration avec le neurobiologiste et directeur de recherche en neurosciences au CNRS, Hirac Gurden.

« Nous nous sommes basés sur de précédents travaux qui ont montré que 40 %  des personnes ayant réalisé le protocole complet bénéficiaient d’une meilleure acuité sensorielle », retrace Hirac Gurden. Au programme : des extraits de citron (citronnelle), de clou de girofle (eugénol), de rose (phényléthanol), d’eucalyptus (eucalyptol), auxquelles on peut ajouter deux odeurs supplémentaires : la menthe poivrée et la graine de café.

Ces huiles essentielles que l’on dose à 2 % (20 gouttes dans 50 ml d’eau) sont à sentir à l’aveugle, 2 fois par jour et pendant 12 semaines. Le résultat dépend en grande partie de la sévérité du trouble. « Grâce à cet entraînement quotidien, je peux détecter une dizaine d’odeurs, et en identifier quatre : la graine de café, la menthe poivrée, l’eucalyptus et la rose », précise Jean-Michel Maillard.

Lorsque l’on souffre de perte d’odorat, l’objectif premier n’est pas de mettre des mots sur une odeur, mais de retrouver une détection sensorielle, et ensuite, d’essayer de l’identifier.

Hirac Gurden conseille de répéter cet entraînement quotidien à intervalles réguliers : « Dès que l’on sent que sa sensibilité olfactive diminue, on redémarre les séances de stimulation quotidienne. En parallèle, veillez à humer les odeurs qui vous entourent, en cuisine ou au cours d’une balade en forêt par exemple. Plus vous recevrez de stimuli olfactifs, plus vous augmenterez et préserverez votre acuité sensorielle ».

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