samedi , 22 février 2020
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Un nouveau composant du sang découvert ?


De quoi notre sang est-il composé, lui qui oxygène, nourrit, nettoie et défend tous les tissus et organes du corps ? Il s’agit d’un tissu vivant composé de globules rouges, globules blancs et plaquettes, baignant dans un liquide appelé plasma. Or, le sang, que les chercheurs pensaient si bien connaître contiendrait en fait des éléments jusque-là indétectables. C’est ce que montrent les travaux de chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Montpellier et de l’Institut du Cancer de Montpellier au sein de l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier. Leur étude a pour la première fois mis en évidence la présence dans la circulation sanguine de mitochondries complètes et fonctionnelles.

Lieux de la respiration cellulaire, les mitochondries sont les “batteries” des cellules et jouent un rôle majeur dans le métabolisme énergétique et la communication intercellulaire. Elles ont la particularité de posséder leur propre génome, transmis uniquement par la mère, et distinct de l’ADN contenu dans le noyau. Les mitochondries peuvent parfois être observées hors des cellules sous forme de fragments « encapsulés » dans des microvésicules. Dans certaines conditions très spécifiques les plaquettes, ces minuscules cellules qui permettent d’arrêter les saignements, de prévenir ou stopper les hémorragies, sont également capables de libérer des mitochondries dans l’espace extracellulaire.

« On peut se demander pourquoi cela n’a pas été découvert auparavant »

Les travaux de cette équipe de recherche, parus dans The FASEB Journal, viennent bouleverser les connaissances sur cet organite, en révélant que des mitochondries extracellulaires, complètes et fonctionnelles, se trouvent en circulation dans le sang. Les chercheurs se sont appuyés sur des résultats antérieurs ayant montré que le plasma sanguin d’un individu en bonne santé contenait jusqu’à 50 000 fois plus d’ADN mitochondrial que d’ADN nucléaire (ADN localisé dans le noyau des cellules sous forme de chromosomes). Ils ont posé l’hypothèse que, pour qu’il soit ainsi détectable et quantifiable dans le sang, l’ADN mitochondrial devait y être protégé par une structure suffisamment stable.

Afin d’identifier cette dernière, une centaine d’échantillons de plasma sanguin (partie liquide du sang qui permet aux globules rouges et aux plaquettes de circuler) ont été analysés. Ces analyses ont révélé la présence dans la circulation sanguine de structures contenant des génomes mitochondriaux entiers. Après examen de leur taille et de leur densité, ces structures observées en microscopie électronique se sont révélées être des mitochondries intactes et fonctionnelles. « Lorsque l’on considère le nombre élevé de mitochondries extracellulaires que nous avons trouvées dans le sang, on peut se demander pourquoi cela n’a pas été découvert auparavant », explique le Pr Alain R. Thierry.

Un rôle en lien avec l’inflammation et l’immunité de l’organisme

Mais quel rôle tiennent ces mitochondries extracellulaires ? Les chercheurs émettent l’hypothèse d’une capacité d’induire des réponses immunitaires et inflammatoires. Ces dernières pourraient être impliquées dans de nombreux processus physiologiques et/ou pathologiques nécessitant une communication entre les cellules, comme les mécanismes d’inflammation. En effet, des études récentes ont démontré la capacité de certaines cellules à échanger des mitochondries entre elles, comme les cellules souches avec des cellules endommagées. « Les mitochondries extracellulaires pourraient effectuer plusieurs tâches en tant que messager pour l’ensemble de l’organisme », précise Alain R. Thierry.

Cette découverte a son importance puisqu’en plus de son intérêt quant aux connaissances en physiologie du corps humain, elle pourrait conduire à une amélioration du diagnostic, du suivi ou du traitement de certaines maladies. L’équipe de recherche se penche à présent sur l’évaluation des mitochondries extracellulaires en tant que biomarqueurs dans le diagnostic prénatal non invasif et le cancer. A noter que le sang joue en effet un rôle central dans la défense de l’organisme contre les agents pathogènes (bactéries, virus…). Et en cas de blessure, il assure lui-même la réparation de ses vaisseaux. Il véhicule les hormones essentielles à la régulation et au bon fonctionnement de l’organisme.

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