vendredi , 11 décembre 2020
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Une étude montre le rôle protecteur des hormones sexuelles féminines contre la COVID-19


Cela fait désormais plusieurs mois que l’épidémie de coronavirus sévit, mais l’une des questions concernant l’évolution de la réponse anticorps chez les individus infectés reste difficile à caractériser. Récemment, une étude de l’Institut Pasteur affirmait que le taux des anticorps neutralisants, entre 3 à 6 mois, baisse plus rapidement chez les hommes que chez les femmes. Un résultat qui suggère que la durée d’immunité contre le SARS-CoV-2 serait plus longue chez les femmes que chez les hommes. L’une des hypothèses évoquées était la génétique : plusieurs réponses immunitaires au virus se trouvent dans le chromosome X, que les femmes possèdent en deux exemplaires.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université de l’Illinois à Chicago (UIC) montre des preuves suggérant que les hormones sexuelles féminines peuvent jouer un rôle dans la protection contre les symptômes de la COVID-19. Les chercheurs voulaient examiner les raisons pour lesquelles des formes graves de la COVID-19 sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes et ont constaté que les hormones sexuelles féminines que sont les oestrogènes et la progestérone joueraient un rôle protecteur. Plus précisément, les œstrogènes, la progestérone et l’alloprégnanolone, qui provient du métabolisme de la progestérone, assureraient des fonctions anti-inflammatoires.

Pourquoi les femmes enceintes sont particulièrement protégées

Or, ces fonctions permettraient d’influencer les cellules immunitaires de plusieurs façons : en stimulant la production d’anticorps, en favorisant la réparation d’un certain type de cellules respiratoires et en inhibant le récepteur ACE2, la porte d’accès du SARS-CoV-2 dans l’organisme. En effet, « ACE2 est une protéine clé dans la physiologie du Covid-19, nécessaire à l’entrée du virus dans les cellules de l’hôte. De cette première interaction découleraient plusieurs implications cliniques, avec notamment des conséquences sur système cardiovasculaire », précise l’Inserm sur le sujet. Autant d’avantages qui feraient que les femmes seraient moins susceptibles de développer de graves symptômes.

Les chercheurs se sont intéressés au rôle de ces hormones reproductrices dans la pathologie de la COVID-19 en mars lorsque des rapports de cas ont montré que des femmes enceintes positives à l’infection et qui ne présentaient aucun symptôme avaient par la suite des symptômes aggravés, suffisamment pour nécessiter des soins intensifs, immédiatement après l’accouchement. La sévérité des symptômes a coïncidé avec une baisse rapide du taux d’estradiol, de progestérone et de l’allopregnanolone. « Les hormones qui aident à maintenir la grossesse comme la progestérone sont 100 fois plus concentrées au troisième trimestre », explique le Pr Graziano Pinna, principal auteur de l’étude.

Des hormones qui permettent d’éviter la tempête de cytokines

Celui-ci ajoute : « L’estradiol, l’alloprégnanolone et la progestérone ont tous d’importantes fonctions anti-inflammatoires et participent à la réinitialisation du système immunitaire. Cela suggère que les femmes enceintes sont devenues symptomatiques après avoir accouché en raison de la chute rapide de ces hormones. La corrélation était vraiment frappante. » Selon des données récentes du CDC aux États-Unis, 38 071 femmes enceintes ont contracté la COVID-19, avec 51 décès, soit un taux 0,13% contre 2% pour les femmes non enceintes. « Les femmes enceintes sont 15 fois moins susceptibles de mourir de la Covid-19 que les autres femmes », poursuit le Pr Pinna.

Cette découverte pourrait expliquer pourquoi il existe une différence entre la gravité des symptômes et l’hospitalisation en soins intensifs entre les hommes et les femmes atteints de la COVID-19, les femmes étant plus résistantes. « Cette observation chez les femmes enceintes fournit une base scientifique significative, non seulement sur les raisons pour lesquelles les femmes sont plus protégées que les hommes, mais aussi sur les raisons pour lesquelles les personnes âgées sont moins protégées que les jeunes, car nous savons que plus vous êtes âgé, plus vos hormones diminuent. », ajoute le Pr Pinna dont l’étude a été publiée dans le journal Trends in Endocrinology and Metabolism.

En outre, l’étude met en avant le rôle de ces hormones pour stimuler la production d’anticorps, favoriser la réparation des cellules pulmonaires et lutter contre la « tempête de cytokines ». Il s’agit d’une réponse immunitaire exacerbée, un afflux important de molécules inflammatoires appelées cytokines. « La progestérone et l’allopregnanolone peuvent bloquer cette réaction excessive, la réprimer et éviter la surexpression de cytokines pro-inflammatoires », précise l’équipe scientifique. La prochaine étape selon elle consiste à mener des essais cliniques pour évaluer l’efficacité de ces hormones pour améliorer les symptômes de la COVID-19 chez des hommes et chez les femmes ménopausées.


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