lundi , 20 janvier 2020
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Vitamine D: faut-il vraiment prendre des suppléments?

La lumière du soleil est essentielle au bon fonctionnement de notre organisme, car les rayons UV permettent à notre corps de produire une substance très importante: la vitamine D. Notre peau contient une pré-vitamine, transformée en forme active lorsqu’on s’expose au soleil. Cette substance est nécessaire à notre santé osseuse. Sans elle, un enfant peut souffrir de rachitisme (un retard de croissance osseuse). Un adulte avec des carences aiguës risque quant à lui de développer une ostéomalacie, c’est-à-dire des os qui se ramollissent.

Ce problème est bien connu du monde médical. Pour y remédier, des suppléments de vitamine D, par exemple sous forme de médicament, sont recommandés aux personnes faisant partie des groupes à risque. Parmi elles, les nourrissons (peu exposés au soleil afin de protéger leur peau), les femmes enceintes, les mères allaitantes, ainsi que les personnes âgées. «La capacité de la peau à transformer la pré-vitamine D diminue après 65 ans, explique le Pr Olivier Lamy, chef du centre des maladies osseuses au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Dès lors, même si ces personnes s’exposent au soleil, le mécanisme peine à s’enclencher.»

L’hiver, période la plus critique

La nécessité de recourir à des compléments est donc très claire dans certains cas bien particuliers. En revanche, en ce qui concerne la population générale, le message est moins limpide. Y a-t-il un avantage à consommer des suppléments de vitamine D lorsqu’on est jeune et en bonne santé? Une étude récente, financée par le Fonds National Suisse, indique que l’hiver ne couvre pas assez les besoins d’ensoleillement des Suisses. Selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), «environ 60% de la population n’est pas suffisamment approvisionnée en vitamine D pendant les mois d’hiver». Le taux d’ensoleillement, variable en fonction des saisons, entraîne en effet des répercussions sur la concentration de vitamine D dans le sang. Au printemps et en été, le corps en fait des réserves en la stockant dans les tissus adipeux. Puis, en automne et en hiver, ces réserves sont utilisées. Un nombre relativement élevé de personnes se retrouvent alors en dessous de la norme de 30 nanogrammes par millilitre, recommandée par l’OMS.

Cette norme est toutefois critiquée par certains membres du corps médical. «Elle ne tient absolument pas compte des variabilités individuelles, relève le Pr Lamy. Il serait plus logique de se baser sur un chiffre qui évolue, par exemple, en fonction du sexe et de l’âge de la personne.» Par conséquent, impossible aujourd’hui de conclure que tous les Suisses qui manquent de vitamine D en hiver courent un risque réel.

Attention à la surdose

Les compléments de vitamine D sont pourtant vendus en très grand nombre, aussi bien dans les pharmacies que dans les grandes surfaces. Or, selon le Pr Omar Kherad, médecin-chef du Service de médecine interne générale à l’Hôpital de La Tour et titulaire d’un master en santé publique, «aucun bénéfice de ces produits sur les personnes jeunes en bonne santé n’a été scientifiquement démontré». Plus grave, un surdosage de compléments peut entraîner d’importants effets secondaires, comme des troubles du rythme cardiaque, de la faiblesse, des céphalées, des nausées, des vomissements et des troubles de la conscience, selon l’OSAV. Un produit qui n’est donc pas complètement anodin. En l’état des connaissances scientifiques, la supplémentation en vitamine D n’est recommandée qu’aux groupes à risque (nouveau-nés, femmes enceintes, femmes allaitantes et personnes âgées), et son introduction devrait être discutée avec le médecin traitant.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 36 – Décembre 2019


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