mardi , 25 février 2020
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Votre groupe sanguin vous rend-il plus à risque de gastro ?

L’épidémie de gastro-entérite qui sévit en France était toujours en progression à la mi-janvier, selon le réseau Sentinelles.

Aux États-Unis, la situation n’est pas bien meilleure : au cours des derniers mois, les flambées d’infections par les norovirus ont entraîné la fermeture d’écoles à travers le pays.

Également connues sous le nom de grippe intestinale, les infections à norovirus provoquent une diarrhée, une légère fièvre et, plus alarmant, des vomissements violents, en jets. Ce qui constitue un moyen extrêmement efficace de disséminer le virus.

En outre, les norovirus sont très infectieux et se propagent rapidement en milieux confinés, comme dans une école ou sur un bateau de croisière. Si la plupart des malades se rétablissent en 24 à 48 heures, le norovirus est l’une des principales causes de maladies infantiles. Dans les pays en développement, il est responsable d’environ 50 000 décès d’enfants chaque année.

Il est intéressant de souligner que nous ne sommes pas tous égaux face à ce virus. En effet, notre groupe sanguin peut influer sur notre propension à tomber malade.

Le norovirus est difficile à éliminer

En tant que microbiologiste, je me suis intéressé aux norovirus car, bien que les symptômes qu’ils provoquent soient pénibles en toute circonstance, ma première rencontre avec ces virus s’est avérée tout particulièrement incommodante. Elle a en effet eu lieu au cours d’une descente en rafting de sept jours, dans le Grand Canyon. La maladie a successivement contaminé tous les membres de l’équipe. De toute évidence, les installations sanitaires utilisables dans cette contrée sauvage n’étaient pas les plus appropriées pour contenir l’épidémie. Heureusement, tout le monde s’est vite remis, moi comprise. Cette situation n’avait en fait rien d’exceptionnel, car les flambées de norovirus sont courantes durant les excursions de rafting sur le fleuve Colorado.

Si débilitante que soit la maladie qu’elle provoque, on ne peut s’empêcher de trouver une certaine beauté à la particule virale du norovirus. Les norovirus sont des virus « non enveloppés » ou « nus », ce qui signifie qu’ils n’acquièrent pas le revêtement membranaire typique des virus « enveloppés », comme le virus de la grippe. Leur particule est constituée d’une couche de protéines, appelée « capside », sorte de coque qui protège le matériel génétique du virus, enfermé à l’intérieur.

Cette capside dépourvue de revêtement est l’un des facteurs qui rendent le norovirus si difficile à contrôler. Les virus avec un revêtement membranaire sont sensibles à l’alcool et aux détergents, ce qui n’est pas le cas des norovirus, qui peuvent résister au savon et aux solutions d’eau de Javel peu concentrées, ainsi qu’aux désinfectants pour les mains à base d’alcool. Ils peuvent par ailleurs survivre à des écarts de température importants, allant de 0 °C à 63 °C environ (soit la température de l’eau dans un lave-vaisselle domestique). En conséquence, les norovirus peuvent persister pendant des heures sur les mains humaines, et pendant des jours sur les surfaces solides et les aliments.

Pour aggraver encore les choses, il suffit d’une infime dose du virus pour causer la maladie : seules 10 particules virales sont nécessaires ! Étant donné qu’une personne infectée peut en excréter plusieurs milliards, il est très difficile d’empêcher la propagation du virus.

La sensibilité aux norovirus dépend du groupe sanguin

Lorsque le norovirus est ingéré, il infecte d’abord les cellules qui tapissent l’intestin grêle. Les chercheurs ne savent pas exactement comment cette infection provoque ensuite les symptômes de la maladie. Mais un aspect fascinant de l’infection par le norovirus est qu’après l’exposition, c’est le groupe sanguin qui détermine, en grande partie, si une personne va ou non tomber malade.

L’appartenance à un groupe sanguin (A, B, AB ou O) ou à un autre dépend de gènes qui déterminent quelles sortes de molécules, appelées oligosaccharides, se trouvent à la surface des globules rouges.

Ces oligosaccharides sont fabriqués à partir de différents types de sucres, liés entre eux de façon complexe. Or on trouve à la surface des cellules qui tapissent l’intestin grêle les mêmes oligosaccharides que ceux présents sur les globules rouges. Les norovirus et quelques autres virus utilisent ces oligosaccharides pour s’accrocher aux cellules intestinales et les infecter. C’est la structure spécifique de ces oligosaccharides qui détermine si une souche de virus donnée peut s’y fixer et l’envahir.

De nombreuses souches de norovirus (mais pas toutes) ont besoin d’un oligosaccharide appelé antigène H1 pour se fixer aux cellules qu’ils infectent. Or 20 % de la population européenne est constituée de personnes qui ne fabriquent pas ledit antigène H1. Elles sont donc résistantes aux nombreuses souches de norovirus qui l’utilisent pour s’arrimer aux cellules.

À la surface des globules rouges, d’autres sucres peuvent être attachés à l’antigène H1 pour donner les groupes sanguins A, B ou AB. Les personnes qui ne peuvent pas faire les modifications A et B ont le groupe sanguin O.

Différentes souches de norovirus infectent différentes personnes

Les norovirus évoluent rapidement. On connaît actuellement 29 souches différentes capables d’infecter l’être humain, et chacune existe sous divers variants. La capacité à se lier aux molécules de sucre présentes à la surface des cellules intestinales (dont la forme dépend du groupe sanguin) diffère d’une souche à l’autre.

Lorsqu’une souche de norovirus infecte un groupe de personnes, le groupe sanguin de chacun déterminera qui va tomber malade. Si le même groupe est infecté ultérieurement par une souche de norovirus différente, ceux qui développeront une gastro-entérite ne seront pas forcément les mêmes que lors de la première infection.

En général, les personnes les plus résistantes sont celles qui ne fabriquent pas l’antigène H1, ainsi que celles qui appartiennent au groupe sanguin B. À l’inverse, les personnes qui sont des groupes sanguins A, AB ou O auront tendance à tomber malades. Cependant, ce schéma dépend de la souche spécifique de norovirus responsable de l’infection.

Cette différence de susceptibilité a une conséquence intéressante. Lorsqu’une flambée survient, par exemple, sur un bateau de croisière, environ un tiers des personnes échappent généralement à l’infection. Étant donné qu’elles ne connaissent pas la raison sous-jacente de leur résistance, on peut penser que ces personnes épargnées ont tendance à s’engager dans des processus ayant trait à la pensée magique : « Je ne suis pas tombé malade parce que j’ai bu beaucoup de jus de raisin ». Bien évidemment, ces techniques d’évitement ne fonctionneront pas si la prochaine épidémie est due à une souche à laquelle l’individu est sensible…

L’immunité aux norovirus est de courte durée

Une infection par un norovirus déclenche une réponse immunitaire robuste, qui élimine le virus en quelques jours. Cependant, l’efficacité de cette réponse semble être de courte durée. La plupart des études ont montré que l’immunité contre la réinfection par la même souche de norovirus dure moins de six mois. De plus, une infection par une souche de norovirus offre peu de protection contre une infection par une souche différente. Vous pouvez donc être victimes de gastro-entérites virales à norovirus à répétition…

Cette impermanence de la réponse immunitaire et la diversité de souches existantes compliquent la mise au point d’un vaccin efficace. Actuellement, des essais cliniques sont en cours pour tester l’efficacité de vaccins fabriqués à partir de protéines provenant de la capside des deux souches de norovirus les plus répandues.

Ces vaccins expérimentaux déclenchent généralement des réponses immunitaires satisfaisante. Reste à étudier la question de la longévité de ces réponses immunitaires. Une prochaine phase d’essais cliniques permettra de vérifier si ces vaccins sont capables de prévenir ou d’atténuer les symptômes de l’infection à norovirus.

Patricia L. Foster, Professor Emerita of Biology, Indiana University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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