mercredi , 20 novembre 2019
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Vous avez mal au cou ? Ce n’est probablement pas à cause d’une mauvaise posture

La « mauvaise posture » est souvent tenue pour cause des douleurs cervicales. La science révèle pourtant que les facteurs physiques comptent moins que les facteurs psychosociaux ou l’hygiène de vie.


© Adobe Stock / Yakobchuk Olena

Si vous souffrez de douleurs cervicales, vous n’êtes pas seul : les douleurs de la colonne vertébrale, qu’elles touchent le bas du dos ou le cou, sont une des causes majeures d’incapacité dans le monde. Leur prévalence a en outre radicalement augmenté ces 25 dernières années. Si le mal de cou s’améliore généralement au bout de quelques mois, 50 % à 75 % des personnes concernées expérimenteront des épisodes douloureux récurrents.

On entend souvent dire qu’il existe des « bonnes » et des « mauvaises » postures et que certaines postures spécifiques peuvent contribuer au mal de dos. Cependant, cette croyance n’est fondée sur aucune preuve scientifique. En effet, diverses recherches montrent qu’un mauvais sommeil, un niveau d’activité physique réduit et une augmentation du stress sont autant de paramètres dont l’influence influe davantage que la posture sur ces douleurs.

Ces « facteurs d’hygiène de vie » – dormir suffisamment, s’assurer de faire de l’exercice et limiter le stress – sont probablement des points plus importants à considérer pour soulager et prévenir vos douleurs cervicales que les tentatives de correction de posture mises en œuvre par les professionnels de santé, ou l’utilisation de chaises, bureaux, claviers et autres gadgets « ergonomiques ».

Le mythe de la posture

On a longtemps cru que la posture jouait un rôle important dans les douleurs cervicales. De ce fait, changer les mentalités sur ce sujet s’avère un immense défi à relever, tant est ancrée dans les esprits l’idée qu’il existe un lien fort entre posture et maux de dos. Pourtant, la science nous raconte aujourd’hui une histoire bien différente.

Ainsi, une étude récente de grande qualité, incluant plus de 1 000 adolescents, n’a montré aucun lien statistiquement significatif entre la posture du rachis (le nom savant de la colonne vertébrale) et les douleurs cervicales. Pourtant, les différences entre les sous-groupes posturaux concernés par cette étude étaient aisément discernables (participants s’asseyant de façon avachie ou s’asseyant bien droit, par exemple). Donc oui, les gens s’assoient dans des positions qui varient d’une personne à une autre. Mais ces divergences semblent n’avoir aucun lien avec les douleurs qu’ils peuvent ressentir. En fait, cette étude a plutôt révélé que la « posture » des adolescents était liée à leur humeur…

La recherche a aussi montré que le fait de changer notre position assise au travail – en modifiant nos postes de travail – ce que l’on appelle les « interventions ergonomiques », a peu voire pas d’impact sur le développement de douleurs cervicales. En outre, il est difficile d’estimer si lesdites interventions ergonomiques peuvent accélérer la récupération en cas de douleurs cervicales, car les données de qualité sont rares.

Plusieurs études ont amené les chercheurs à suivre des groupes de personnes ne ressentant pas de douleur cervicale, ainsi que d’autres dont le mal de cou ne se manifestait qu’occasionnellement, par périodes. Certains des participants à ces travaux ont développé des douleurs cervicales invalidantes. En étudiant ces dernières attentivement, les scientifiques ont découvert que le sommeil des personnes qui les ressentaient était de moins bonne qualité que celui des autres participants. Autre caractéristique : elles ne dormaient pas suffisamment. Par ailleurs, le travail qu’elles exerçaient leur demandait beaucoup d’efforts. Enfin, ces personnes étaient également moins actives physiquement que les autres, et leur leur humeur était moins bonne. Autrement dit, leurs corps subissaient un plus grand stress, lequel occasionnait davantage de « tensions musculaires » dans leur cou. Et ce, avant même que les douleurs ne se fassent sentir.

Les enfants sont également concernés par ces problèmes. Des chercheurs qui ont suivi des enfants durant quatre ans ont découvert que, dès l’âge de 9 ans, des symptômes tels que fatigue et troubles du sommeil (ainsi que les maux de tête, les douleurs abdominales et un moral bas) constituent des facteurs de risque : ils favorisent non seulement la survenue, mais aussi la persistance de douleurs cervicales hebdomadaires.

Sommeil, exercice et relaxation

Comment éviter douleurs cervicales ? Parmi les facteurs de protection figure notamment le fait d’avoir un cou musclé et de faire de l’exercice. Mais même le simple fait de marcher un peu chaque jour permet de limiter les douleurs cervicales. Outre ces mesures, il faut aussi s’assurer de dormir suffisamment, de ne pas devenir sédentaire, d’éviter le stress.

Sentez-vous donc libre de vous asseoir comme vous le voulez à votre bureau ! En revanche, si vous devez rester dans la même position pendant de longues périodes, assurez-vous d’en changer au bout d’un moment – car modifier fréquemment sa position dans la journée est aussi un point clé pour éviter les douleurs cervicales.

Et si vous avez mal au cou, passez quelques bonnes nuits de sommeil. Livrez-vous également à des activités qui vous détendent – en profitant par exemple de la pause-déjeuner pour aller vous promener. Et surtout, ne vous inquiétez plus de la façon dont vous vous asseyez ou dont vous marchez : si l’on en croit la science, les « mauvaises » postures n’existent pas.

Christian Worsfold, Visiting Lecturer in Physiotherapy, University of Hertfordshire

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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La Rédaction
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