lundi , 22 avril 2019
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six procès, des jurés presque tous blancs. Est-ce bien légal ?



La Cour suprême des États-Unis examine ce mercredi un dossier criminel hors-norme: celui d’un homme noir jugé à six reprises pour le même crime, dont il se dit innocent. La procédure est entachée par de lourds soupçons de racisme.

Trois jurés noirs écartés volontairement ?

La haute Cour ne va pas se prononcer sur la culpabilité de Curtis Flowers, 48 ans, dont 22 passés derrière les barreaux, ni même sur l’apparent acharnement de la justice à obtenir sa condamnation. Elle va en revanche devoir dire si le procureur en charge du dossier a volontairement écarté les jurés noirs lors du dernier procès en 2010, à l’issue duquel il a été condamné à mort.

« Curtis Flowers a toujours été jugé par un jury entièrement blanc, ou quasiment, alors que les Afro-Américains représentent environ 50% de la population là où les crimes ont été commis », relève la journaliste Madeleine Baran, qui a fait connaître l’affaire au grand public dans le podcast « In the Dark ».

« Six procès, c’est inhabituel »

L’affaire débute le matin du 16 juillet 1996 à Winona, une bourgade du Mississippi avec le meurtre de quatre personnes, froidement abattues dans un magasin de meubles. Curtis Flowers, qui a brièvement travaillé dans le magasin, est arrêté en janvier 1997 après des témoignages le localisant près des lieux du crime. Depuis, il a été jugé à six reprises et a, à chaque fois, clamé son innocence.

« Six procès, c’est inhabituel », relève Madeleine Baran. Le droit américain interdit effectivement d’organiser un nouveau procès quand un accusé a été acquitté. Mais Curtis Flowers n’a jamais été blanchi: ses trois premiers procès se sont conclus sur des reconnaissances de culpabilité, avant d’être annulés en appel pour des vices de procédure. Les deux suivants n’ont pas débouché sur un verdict, faute d’unanimité parmi les jurés.

Absence de contrôle sur les procureurs 

Dans cet État du Sud, marqué par l’esclavage et la ségrégation raciale, le cas de Curtis Flowers pose également la question de « l’absence de contrôle sur les procureurs » des 50 Etats américains », estime la journaliste Madelaine Baran. En effet, c’est le même procureur, le « district attorney » Doug Evans, qui a gardé la main sur l’ensemble de l’accusation.

Elu par les habitants de son comté, il est inamovible, à moins de perdre un scrutin. Or, depuis 1991, il a été réélu sans discontinuer. Pourtant, les trois premiers procès de Curtis Flowers ont été invalidés en raison de ses errements. Dans le troisième procès, la Cour suprême du Mississippi a même -déjà- jugé qu’il avait discriminé les jurés noirs.

Une décision d’ici juin

L’enquête de la journaliste a permis de mettre en lumière le fait que Doug Evans a utilisé sa possibilité d’écarter des jurés à un rythme quatre fois et demi supérieur pour les Noirs que pour les Blancs. Son travail a depuis été intégré à la procédure de la Cour suprême américaine, qui devrait rendre sa décision d’ici juin.

« Si elle annule la condamnation de Curtis, le problème va juste se reposer à nouveau », souligne Madeleine Baran. « Même si elle juge que le procureur a violé la Constitution, il pourra toujours rejuger Curtis, qui pourra à nouveau faire appel… » Un cercle sans fin, pour cet homme qui a déjà passé la moitié de sa vie derrière les barreaux.




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