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Les archives du Figaro : En 2009, Le Cam sauvé des eaux par Riou – Vendée Globe

Onze ans avant de porter secours à Kévin Escoffier, Jean Le Cam avait été récupéré par Vincent Riou au large du Chili.

Le 6 janvier 2009, Jean Le Cam, alors en 3e position du Vendée Globe, chavire à 200 milles à l’Ouest du Cap Horn. Le pétrolier Sonangol Kassanje se déroute sur sa position, ainsi qu’Armel Le Cléac’h et Vincent Riou. C’est finalement ce dernier qui parviendra à le récupérer. Dans son édition du 7 janvier 2009, Martin Couturié raconte dans Le Figaro :

«Après Yann Eliès, fémur cassé, Jean Le Cam, quille brisée… Terrible coup dur pour cette sixième édition du Vendée Globe, martelée par les abandons. Seize jusqu’à hier matin et la grave avarie survenue sur le bateau de Jean Le Cam à 380 km environ à l’ouest du cap Horn qu’il devait doubler avec un jour de retard sur Michel Desjoyeaux. Il est 1 h 26 dans la nuit du Pacifique, le Forestois est au téléphone avec la terre pour signaler de « gros problèmes » à bord, lorsque la communication coupe. Définitivement. Le silence assourdissant durera quatorze heures, jusqu’à l’arrivée sur zone de Vincent Riou, à 15 h 21.

Infographie publiée dans Le Figaro le 7 janvier 2009DR

Le vainqueur du dernier Vendée Globe vient secourir celui qu’il a devancé de six heures en 2004 et qui le précède d’une place au classement cette année. Il découvre le monocoque rose VM Matériaux de Le Cam à l’envers, sa quille privée du précieux bulbe. Les 3 tonnes de plomb échouées au fond du Pacifique, le voilier a immédiatement chaviré. Et sa partie arrière est immergée, plongeant la trappe de secours, chargée de permettre la sortie du marin, sous l’eau. Riou fait le tour du voilier et aperçoit un petit pavillon sortant par un minuscule trou (passe-coque) à l’avant du bateau. Seul moyen pour savoir si Le Cam est bien à bord, il pousse un cri. Et miracle, une réponse sonore lui parvient, rapidement agrémentée d’une fusée-parachute, expulsée par le même trou dans la coque. Jean Le Cam est bien vivant. Mais bloqué à l’avant de son bateau rempli d’eau et sens dessus dessous, sûrement loin d’un ciré chaud et d’un container de survie. « J’ai froid », lance-t-il plus tard à Riou, alors que la température ne passe pas les 5 °C.

Retranché à l’avant du bateau

À terre, le soulagement est réel. Car l’inquiétude n’avait cessé d’enfler. Attente insupportable depuis le premier déclenchement de la balise de détresse Sarsat-Cospas à 2 h 40 du matin et le déploiement des secours par le MRCC (service international de sécurité en mer), les militaires chiliens et l’organisation de la course. Premier à apercevoir le bateau à 9 h 50, un avion militaire chilien confirment sa localisation mais ne voient pas trace de son skippeur.
Signe d’encouragement, au même moment, la deuxième balise de détresse est activée, précédant de peu l’arrivée sur zone d’un pétrolier chinois battant pavillon des Bahamas, le Sanangol Kassanje, détourné par le MRCC. « Il est très probable que ce deuxième déclenchement est manuel. Ce n’est pas un hasard. C’est une manoeuvre de Jean pour signaler sa présence », se réjouit alors Denis Horeau, le directeur de course, aux côtés de Philippe de Villiers, le président du conseil général de Vendée, en tête du dispositif de secours, et d’Alain Gautier, vainqueur de l’épreuve en 1993 et conseiller sécurité de la course.
Le répit est court. Car Le Cam ne répond pas aux coups de corne de brume balancés par le pétrolier de 270 mètres. Et le commandant du supertanker se refuse à mettre à l’eau un canot de secours dans la mer menaçante (des creux de 4 à 5 m). La délivrance doit venir de Vincent Riou, lui-même sauvé par Loïck Peyron en juin dernier lors de la Transat anglaise, ou d’Armel Le Cléac’h, à 200 milles environ de Le Cam, dérouté également.
À 20 h 15, enfin la délivrance. Denis Horeau annonce la bonne nouvelle : « Je viens d’avoir Vincent Riou. Il a récupéré Jean Le Cam. » Soulagement général. Et détails donnés par Riou lui-même : « On a tourné toute l’après-midi avec Armel pour surveiller le bateau. Et puis j’ai vu Jean sortir derrière son bateau. Il a réussi à remonter sur sa coque et à s’accrocher à un safran. À chaque vague, il s’enfonçait sous l’eau. C’était le pire moment que j’aie vécu. Cela a duré un quart d’heure. J’ai fait trois approches où Jean n’a pas réussi à attraper un cordage que je lui lançais. Au quatrième, je me suis approché plus près, et même trop près parce que j’ai endommagé mon bateau. J’ai vu que Jean avait attrapé le bout et il se l’était amarré autour de lui. Je l’ai mis sur un winch, j’ai tiré jusqu’à ce qu’il soit derrière et que je réussisse à le hisser… En cassant l’outrigger, j’étais persuadé que le mât allait tomber, mais on a réussi à le sécuriser. Cela se termine bien. On a eu une bonne étoileMaintenant, je ressens un gros soulagement. » Il n’est pas le seul. Jean Le Cam peut respirer. Et se réchauffer.»


Première apparition