mercredi , 26 juin 2019
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«Superinfirmières»: des mois d’attente avant de pratiquer | ARIANE LACOURSIÈRE


L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) confirme que des discussions sont en cours afin de « revoir le contenu » de l’examen final. Une proposition en ce sens sera soumise au conseil d’administration de l’Ordre, qui devrait trancher la question à la fin d’avril. Si la proposition est entérinée, le nouvel examen final des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) sera déployé en novembre, a appris La Presse.

Claude Latulippe, qui a été infirmière au Québec de 2002 à 2015, a achevé sa formation d’IPS en Ontario en 2015. Elle habite toujours l’ouest de Montréal, mais pratique dans un groupe de médecine de famille de Hawkesbury. Elle souhaite maintenant poursuivre sa pratique d’IPS aussi au Québec, et ce, même si le salaire y est de 20 000 $ de moins par année. 

En 2018, elle a réalisé 210 heures de stage non rémunéré au Québec afin de faire reconnaître ses compétences, comme l’exigeait l’OIIQ. En mai, elle comptait passer l’examen final pour obtenir enfin son droit de pratique au Québec. « Mais là, on attend… Je suis en flottement », dit-elle.

Un examen ou non ?

En décembre, l’OIIQ a annoncé son intention d’éliminer l’examen final, obligatoire pour toutes les IPS qui terminent leur formation universitaire. Selon l’Ordre, les compétences des IPS étaient déjà évaluées à de nombreuses reprises durant les 950 heures de stages qu’elles doivent passer durant leur formation. L’OIIQ voulait que les IPS obtiennent leur certificat de spécialiste en même temps que leur diplôme, sans avoir à passer d’examen.

Présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Christine Laliberté estime plutôt qu’alors que les IPS de la province viennent, après des années d’attente, d’obtenir le droit de diagnostiquer certaines maladies, retirer l’examen « peut envoyer un drôle de message ».

« On est ouvert à ce que le format de l’examen change. Mais on veut un certificat de spécialiste. C’est une forme de reconnaissance de la rigueur de la formation. »

– Christine Laliberté, présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec

À l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, on mentionne avoir changé de position et dit souhaiter le maintien de l’examen final. Mais plutôt que d’évaluer à nouveau les compétences des futures IPS, on souhaiterait tester leurs connaissances des dimensions professionnelles, comme la déontologie.

D’ici à ce que nouvelles les modalités de l’examen soient fixées, les 50 à 75 infirmières praticiennes spécialisées qui étaient attendues à l’examen de mai conserveront leur statut de « candidate IPS ». Comme une stagiaire, une candidate IPS peut pratiquer dans certains milieux, mais pas de façon autonome.

Porte-parole du ministère de la Santé et des services sociaux, Marie-Claude Lacasse dit que le dossier est suivi de près « puisqu’il déterminera la date d’entrée en fonction des IPS ». Celle-ci précise toutefois que le MSSS n’est pas préoccupé par la situation, car les candidates IPS pourront intégrer le réseau de la santé et « exercer en respectant certaines conditions ».

« Comme deux pays séparés »

Pour Mme Latulippe, il est urgent de faciliter le processus de certification des IPS, notamment pour les IPS de l’Ontario qui voudraient venir travailler au Québec. « C’est illogique que les exigences soient si compliquées », dit-elle. Mme Latulippe souligne notamment que les IPS de l’Ontario ont bien plus d’autonomie et de latitude dans leur pratique que celles du Québec. 

« Pourquoi nos compétences ne sont-elles pas plus facilement reconnues ? Si c’était plus facile de revenir, d’autres IPS québécoises, qui sont venues travailler en Ontario ces dernières années, pourraient vouloir revenir au Québec. Actuellement, c’est comme si on était deux pays séparés. »

– Claude Latulippe, IPS

Mme Laliberté plaide aussi pour que l’OIIQ « travaille à uniformiser la pratique » des IPS à travers le pays, et à faciliter leur mobilité. « Au Canada, on a le même titre, mais pas les mêmes droits », dit-elle. Mme Laliberté souligne entre autres que toutes les provinces canadiennes, sauf le Québec, possèdent le même examen final uniformisé. « On pourrait aller vers ça », dit-elle.

IPS Ontario-Québec : quelques différences

Au Québec, les IPS peuvent depuis février diagnostiquer six maladies chroniques (diabète, hypertension, hypercholestérolémie, asthme, maladie pulmonaire obstructive chronique et hypothyroïdie) de même que tout problème de santé courant en lien avec leur spécialité. En Ontario, elles peuvent carrément prendre en charge des patients et n’ont pas de limite de diagnostic.

Nombre d’IPS :

Québec : 500

Ontario : 3500

Les IPS de l’Ontario gagnent environ 20 000 $ de plus par année que celles du Québec

Formation 

Les IPS du Québec doivent obtenir 75 crédits à la maîtrise. Cela prend de deux à trois ans. Pour être admissibles à cette formation, elles doivent aussi avoir fait 3360 heures de travail comme infirmière. En Ontario, la formation de maîtrise d’une IPS dure un an. Les candidates doivent auparavant avoir travaillé au moins deux ans comme infirmière.


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