vendredi , 23 août 2019
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Technologie – Libra de Facebook: les craintes redoublent

La nouvelle cryptomonnaie Libra promise pour 2020 par le géant américain Facebook suscite de plus en plus d’inquiétudes parmi les régulateurs internationaux, qui craignent que ce type de projet ne fasse florès et guettent un premier rapport très attendu la semaine prochaine lors d’une réunion du G7.

«Plus nous investiguons ce projet, nous, la communauté des régulateurs, plus nous avons d’interrogations sérieuses et potentiellement de réserves», a mis en garde jeudi le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau à l’occasion d’une audition devant des membres du Sénat.

Or en l’état, «nous n’avons pas de réponses claires» à la plupart des questions, a-t-il souligné, martelant qu’il n’était «pas question que ces projets prospèrent sans respecter les régulations nationales et internationales».

Donald Trump méfiant

La veille, le patron de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell avait lui aussi tiré la sonnette d’alarme en affirmant que les intentions du réseau social soulevaient «de grandes inquiétudes» en matière «de respect des informations personnelles, de la protection des consommateurs et de la stabilité financière».

Potentiellement, cette monnaie pourrait être «largement adoptée», étant donné les deux milliards d’utilisateurs de Facebook, a relevé M. Powell. Par conséquent, «en cas de problèmes associés à du blanchiment d’argent (…), ceux-ci deviendraient vite très importants à cause de la taille du réseau», s’est-il inquiété. Et le président Donald Trump a dit jeudi sa méfiance: «Je ne suis pas un fan des cryptomonnaies, qui ne sont pas de l’argent et dont la valeur est très volatile et basée sur rien», a-t-il tweeté.

Donald Trump a mis en garde Facebook «et d’autres entreprises» que s’ils voulaient devenir des banques, ils devraient en respecter la règlementation aussi bien aux Etats-Unis qu’ailleurs dans le monde.

Défiance des superviseurs

Avec la création de cette monnaie numérique annoncée mi-juin, Facebook veut bouleverser le système financier mondial, ce qui donne des sueurs froides à certains États, inquiets de voir des entreprises privées s’engager sur ce terrain.

Libra doit offrir courant 2020 un nouveau mode de paiement en dehors des circuits bancaires traditionnels: elle se veut la pierre angulaire d’un nouvel écosystème, affranchi de la barrière des différentes devises.

Mais dès l’origine, ce projet s’est attiré la défiance des superviseurs et des législateurs internationaux, qui sortent tout juste de dix ans de lourds travaux pour rendre le système financier mondial plus sûr, mais aussi après l’éclatement d’une série de scandales sur l’utilisation de données des utilisateurs qui ont entaché la réputation de Facebook.

Après le dévoilement de ce projet, le ministre français des Finances Bruno Le Maire avait immédiatement prévenu que l’attribut de souveraineté de battre monnaie devait rester l’apanage des États, imité peu après par le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney qui avait appelé Facebook à suivre les règles internationales «ou alors ça ne marcherait pas».

«Ne pas être naïf»

«Certains disent que s’il y a un certain attrait pour Libra, ce qui reste à démontrer (…) cela pourrait être une incitation à accélérer ces projets de monnaie digitale car cet attrait révélerait un besoin des citoyens» pour ce type de solution, a commenté jeudi M. Villeroy de Galhau.

«Mais dans ce cas là, autant avoir un jeton public plutôt qu’un jeton privé car la monnaie est fondamentalement un bien commun public avec les garanties de l’autorité publique derrière», a fait valoir le gouverneur.

Le Libra est un «projet qui correspond à des intérêts privés, je suis tout à fait favorable à l’économie de marché, mais je crois qu’il ne faut pas être naïf en la matière, ça n’est pas entièrement guidé, ou seulement guidé, par la recherche du bien commun», a-t-il martelé.

Outre les défis que pose ce type de projet pour le système financier, «certains disent que le vrai enjeu derrière, c’est de récupérer à nouveau un maximum de données et donc de les monétiser, ce qui pose la question de la protection de la vie privée», a souligné le gouverneur.

Une première échéance clé est attendue par les superviseurs mondiaux la semaine prochaine: Benoît Coeuré, l’un des directeurs de la Banque centrale européenne, s’est vu confier mi-juin dans le cadre du G7 la direction d’un groupe de travail sur les cryptoactifs adossés à des devises, comme justement le Libra.

Ce groupe de travail remettra un premier rapport sur le sujet lors de la réunion des ministres des Finances du G7 prévue les 17 et 18 juillet en France, avant un rapport définitif plus fouillé d’ici au mois d’octobre.

(nxp/afp)


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