mardi , 25 février 2020
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Technologie – «Ce mécanisme a été modélisé sur des souris»

De plus en plus de personnes sont amenées à rencontrer leur partenaire sur des sites de rencontres – déjà près de 30% des Américains. Une mise en relation qui passe par l’évaluation, l’opacité, l’addiction, explique Judith Duportail, auteure du livre «l’Amour sous algorithme».

Est-on vraiment libre de ses choix sur les sites de rencontres?
Judith Duportail: «Quand on se connecte sur une application de rencontres, les profils que l’on voit sont sélectionnés pour nous. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais j’ai découvert lors de mon enquête sur Tinder que l’on y était évalué selon un niveau de »désirabilité«, notre niveau d’études et notre niveau de revenus, pour ensuite être montré à certains profils et pas à d’autres. Le système de matching de Tinder, sous brevet, était un système de classement où l’application fait en sorte de créer des paires ou des »matches« où l’homme est supérieur à la femme. Il présentait aux femmes des profils d’hommes soit plus âgés, soit ayant fait plus d’études, soit ayant davantage d’argent».

(NDLR: Tinder dit avoir abandonné ce système de classement ou «Elo score». Sur un blog publié après la parution du livre, l’entreprise assure qu’un facteur déterminant est la «proximité géographique»)

En quoi connaître la recette de l’algorithme est-il important?
«Quand on voit les projections effectuées par les spécialistes, à terme, une majorité des couples se rencontrera dans le monde de demain via des applications. La manière dont seront calibrés ces algorithmes va déterminer qui vous allez rencontrer, qui vous avez le droit d’aimer, de toucher. Cela a des conséquences immenses.
Quand vous buvez du Coca-Cola, la recette est secrète mais il y a quand même une autorité qui est allée vérifier que cela n’allait pas vous empoisonner. Dans le cas des algorithmes des applications de rencontres, absolument personne n’est allé vérifier que cela respecte l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les Noirs et les Blancs, entre les homosexuels et les hétérosexuels. Ou que cela respecte notre dignité tout simplement.»

Ces applications cherchent aussi à garder le plus longtemps possible leurs clients, comment font-elles?
«Elles utilisent notamment le mécanisme de la récompense aléatoire pour créer des addictions. C’est le même que sur Facebook et Instagram. Ce mécanisme a été modélisé sur des souris. On prend plusieurs souris et on leur donne plusieurs leviers: un levier, quand elles l’actionnent, leur donne de l’eau ou à manger, un deuxième levier ne donne rien et un troisième est aléatoire, elles ne savent pas ce qu’elles auront. Quand on ne sait pas ce qu’il y a derrière le levier, vous y retournez sans cesse. C’est le mécanisme des machines à sous. C’est diablement efficace pour notre cerveau.À chaque fois que vous rallumez l’appli il y a un «peut-être». Aujourd’hui l’utilisateur moyen de Tinder y passe 45 minutes par jour.»

Que font ces applis avec nos données?
R: «Vos informations personnelles peuvent être partagées avec des partenaires commerciaux et publicitaires. L’ONG allemande Tactical Tec a enquêté: il existe des sites qui achètent des données des applications de dating. Sur des sites comme usdate.org, on peut racheter des listes de personnes, selon le profil. Ce sont des données très intimes avec une valeur émotionnelle forte. Par exemple des personnes toujours rejetées sur des sites de dating, vous savez que ces personnes là seront particulièrement vulnérables à un type de marketing qui viendra appuyer sur cette corde_là. Ce sont des arguments commerciaux qui se vendent cher.»

(afp)


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