dimanche , 25 août 2019
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Un test de salive pour prédire les risques de cancer du sein | MATHIEU PERREAULT


300 gènes

Au début du mois de janvier, un consortium international dont fait partie Jacques Simard, de l’Université Laval, a dévoilé dans l’American Journal of Human Genetics 300 marqueurs génétiques qui, pris ensemble, permettent de prédire le risque de cancer du sein d’une femme. Dans Human Genetics, les chercheurs décrivent un test de salive permettant de quantifier ce « risque polygénique ». « On va combiner le risque établi par le test de salive avec d’autres facteurs de risque, dont l’historique familial, l’indice de masse corporelle et les habitudes de vie, comme la consommation d’alcool et la prise d’anovulants », explique le Dr Simard. Le consortium est dirigé depuis l’Université de Cambridge, en Angleterre, avec laquelle l’oncogénéticien de Québec collabore depuis 20 ans. Ces travaux sont basés sur des analyses génétiques sur 170 000 femmes, et le test a été validé de manière prospective sur 220 000 femmes.

Mammographie

Les recommandations canadiennes proposent une mammographie tous les deux ou trois ans entre les âges de 50 et 69 ans. Au Québec, la mammographie se fait tous les deux ans à cette période de la vie. Selon le Dr Simard, la mammographie pourrait être proposée plus tôt, ou encore chaque année, aux femmes ayant un risque plus élevé, et tous les trois ans à celles dont le risque est moindre. Le test prédictif de salive et les autres facteurs de prédiction permettront également de faciliter l’accès à l’imagerie par résonance magnétique, réservée aux femmes ayant un risque deux fois plus élevé que la moyenne. Le test de salive serait fait une seule fois dans la vie d’une femme, entre 35 et 40 ans. Il sera particulièrement utile chez celles qui ont un cancer du sein dans la quarantaine – une patiente sur six a son diagnostic avant 50 ans.

Autres maladies

« Mes collègues travaillent sur la prédiction du risque d’autres maladies comme le diabète de type 2, l’alzheimer ou l’hypertension, dit le Dr Simard. On pourra avoir d’autres tests polygéniques du même genre. On aura aussi probablement de notre vivant des tests de salive du même genre pour différents cancers. » L’expérience du cancer du sein sera précieuse : l’oncogénéticien travaille actuellement sur une « étude préimplantatoire » auprès de 5000 Québécoises et autant d’Ontariennes pour vérifier l’acceptabilité du test de salive. « Il faut que l’information soit bien comprise, qu’on ait les outils de communication appropriés pour ne pas créer d’anxiété en annonçant un risque plus élevé. » Le recours à des tests à grande échelle nécessitera aussi d’abaisser à 100 ou 150 $ le coût du test de salive, un niveau équivalant au coût d’une mammographie. Actuellement, les coûts des tests polygénétiques sur un nombre aussi important de marqueurs sont plus élevés parce qu’ils sont faits dans un contexte de recherche.

Les autres gènes

Deux autres gènes souvent associés au cancer du sein, BRCA1 et BRCA2, servent depuis une quinzaine d’années à cibler les femmes ayant un risque beaucoup plus élevé que la moyenne. Mais seulement une femme sur 400 a ces marqueurs génétiques. D’autres gènes, liés aux cancers « triples négatifs » très agressifs et frappant généralement dans la vingtaine ou la trentaine, font l’objet de recherches pour des tests prédictifs, selon le Dr Simard. Ces cancers, qui frappent 2,2 Québécoises sur 100 000, sont ainsi nommés parce qu’ils n’impliquent pas les récepteurs de l’oestrogène, une hormone sexuelle.

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LE CANCER DU SEIN EN CHIFFRES

1 femme sur 8 aura un cancer du sein durant sa vie

15 % des femmes ont trois fois moins de risques de cancer du sein que la moyenne

De 5 % à 7 % des femmes ont deux fois plus de risques de cancer du sein que la moyenne

1 % des femmes ont 4,4 fois plus de risques de cancer du sein que la moyenne

1 % des femmes ont 6,3 fois moins de risques de cancer du sein que la moyenne

Source : Université Laval


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