vendredi , 23 août 2019
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Urgences: le Québec s’améliore, l’ouest de la Montérégie régresse | Ariane Lacoursière


Un nouvel hôpital attendu avec impatience

Les urgences des deux hôpitaux qui desservent l’ouest de la Montérégie ont vu leurs performances diminuer cette année, révèle le 14e palmarès annuel des urgences de La Presse. En attendant l’ouverture du nouvel hôpital de Vaudreuil, prévu pour 2026, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, compte entre autres ajouter une centaine de lits à l’hôpital du Suroît, à Valleyfield, pour donner un peu d’oxygène à la région.

« En attendant l’ouverture de l’hôpital de Vaudreuil, on ajoute des lits d’hospitalisation », affirme la ministre McCann en entrevue à La Presse, tout en ajoutant que plusieurs autres mesures sont déjà en place ou en voie de l’être dans l’ouest de la Montérégie.

L’hôpital du Suroît, à Valleyfield, et l’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, ont enregistré respectivement des durées moyennes de séjour de 23 h 54 min et 22 h 30 min en 2018-2019. De tous les hôpitaux du Québec, seul l’hôpital Royal Victoria du CUSM fait moins bien (24 h 42 min). La durée moyenne de séjour représente le nombre d’heures que le patient passe sur une civière aux urgences avant d’obtenir son congé, d’être hospitalisé ou d’être orienté ailleurs.

« On a 522 lits actuellement sur le territoire. Le nouvel hôpital aura 404 lits. On en a vraiment besoin », affirme la porte-parole du centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest, Jade St-Jean.

Un projet en cours

Le projet de construction d’un hôpital à Vaudreuil est en branle. Le plan clinique a été déposé, de même que le plan fonctionnel et technique. Les devis de performance sont en préparation. En plus de 404 lits, l’hôpital, qui sera construit au coût de 1,5 milliard, comptera 41 civières aux urgences et 11 salles d’opération, dont 2 pour l’obstétrique. Un total de 2500 nouveaux employés devront être recrutés. Le début des travaux est prévu pour 2021 et l’hôpital devrait ouvrir ses portes en 2026. « Jusque-là, notre situation sera précaire […] Nos équipes travaillent fort », affirme Mme St-Jean.

Hôpitaux avec les plus fortes proportions de séjours de 48 heures ou plus aux urgences en 2018-2019

Hôpital du Suroît : 15,8 %

Hôpital Royal Victoria : 13,5 %

Hôpital Le Royer : 11,9 %

CHU de Québec-Saint-Sacrement : 8,9 %

Hôpital Anna-Laberge : 8,6 %

Hiver difficile

L’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, qui avait obtenu une note de C+ l’an dernier, obtient cette année un D+. À l’hôpital du Suroît, à Valleyfield, la proportion de patients ayant séjourné 48 heures ou plus aux urgences a atteint 15,8 %, soit la proportion la plus élevée du Québec.

Au cours des dernières années, l’ouest de la Montérégie a enregistré une forte croissance de sa population. Dans les hôpitaux, on note une hausse du nombre d’arrivées d’ambulances et une augmentation de la clientèle âgée et complexe, ce qui peut expliquer la hausse du temps d’attente aux urgences, selon Mme St-Jean.

L’hiver dernier, l’hôpital du Suroît a fait les manchettes alors que le taux d’occupation y a dépassé les 300 % pendant plusieurs jours.

La ministre McCann dit vouloir construire l’hôpital de Vaudreuil « dans les meilleurs délais ». Mais déjà, plusieurs mesures ont été prises pour améliorer la situation dans l’ouest de la Montérégie, dit-elle. Pour désengorger les lits d’hôpital occupés par des patients en fin de soins actifs, mais attendant une place d’hébergement dans la communauté, le CISSS de la Montérégie-Ouest a acheté 71 places d’hébergement en décembre.

Un million de dollars ont été investis dans les soins à domicile, soit 40 % de plus que l’année précédente, ajoute Mme St-Jean. Un projet-pilote a aussi été mis sur pied afin de permettre à 4 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) de prendre en charge de 20 à 23 patients hospitalisés et d’ainsi libérer plus de temps pour les médecins.

Plus de difficulté dans les gros hôpitaux

« Avec ce qui se passe en Montérégie, je pense qu’on peut se poser la question suivante : a-t-on un problème pur et simple de capacité dans le réseau ? Je pense que la réponse, c’est oui », affirme le président de l’Association des médecins d’urgence du Québec, le Dr Bernard Mathieu. Selon lui, alors que la population vieillit, le réseau ne doit pas seulement adapter ses pratiques. « La capacité d’accueil doit augmenter. On est tout le temps plein. Ce n’est pas normal », dit-il.

Un avis que ne partage pas la ministre McCann. « Je n’augmenterais pas la capacité des urgences. […] Parce que ce n’est pas là qu’il faut que les patients se retrouvent. Il faut plutôt développer la première ligne et les soins à domicile », dit-elle.

Pour le Dr Mathieu, il est « un peu décourageant » de voir que les progrès enregistrés en 2018 ne se sont pas maintenus dans les urgences du Québec, surtout les plus grandes. Selon lui, 21 % des grands hôpitaux présentaient un taux d’occupation de moins de 100 % en avril 2018 ; en avril 2019, seulement 4 % des grands hôpitaux atteignaient cette cible.

La réalité montréalaise

À Montréal, aucun des 14 hôpitaux ne présente une durée moyenne de séjour de 12 heures ou moins, une cible gouvernementale depuis des années. Seul l’Hôpital général juif passe bien près avec 12 h 6 min.

Durée moyenne de séjour dans les urgences montréalaises en 2018-2019

Hôpital général juif : 12 h 6 min

CH de St. Mary : 14 h 48 min

Hôpital de Verdun : 15 h 6 min

Hôpital Jean-Talon : 15 h 6 min

Hôpital Notre-Dame : 15 h 24 min

Hôpital Fleury : 15 h 42 min

CUSM-Hôpital général de Montréal : 16 h 6 min

Hôpital de LaSalle : 16 h 24 min

Hôpital du Sacré-Coeur : 18 h 42 min

CHUM : 18 h 54 min

Hôpital du Lakeshore : 19 h

CUSM-Campus de Lachine : 19 h 24 min

Hôpital Maisonneuve-Rosemont : 20 h 18 min

CUSM-Royal Victoria : 24 h 42 min

L’Hôpital général juif a traité 59 811 patients sur civière cette année, soit bien plus que n’importe quel autre hôpital de la province. Chef des urgences, le Dr Marc Afilalo affirme qu’alors que ses urgences voyaient environ 64 600 patients par année il y a 10 ans, elles en voient aujourd’hui près de 92 500. « C’est immense », dit-il. Selon le Dr Afilalo, le défi des hôpitaux est surtout de libérer plus rapidement les lits d’hospitalisation occupés par des patients en fin de soins actifs et en attente d’une place d’hébergement dans le réseau.

Président de l’Association des médecins omnipraticiens du Sud-Ouest, le Dr Sylvain Dufresne croit lui aussi que l’ouverture de plus de lits de ressources intermédiaires et de CHSLD, bien plus que la seule ouverture du nouvel hôpital de Vaudreuil, est l’une des solutions les plus prometteuses pour l’ouest de la Montérégie. « À l’hôpital de Valleyfield, on a toujours entre 40 et 60 patients en fin de soins actifs aux étages. C’est énorme », dit-il.

– Avec la collaboration de Thomas De Lorimier

Un « bon signal », selon la ministre McCann

La durée moyenne de séjour dans les hôpitaux de la province a augmenté de 30 minutes pour atteindre 14 h 12 min en 2018-2019. Mais puisque la clientèle s’est alourdie, la performance globale des urgences du Québec s’est légèrement améliorée, passant de B à B+, révèle notre palmarès.

Pour la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, il s’agit d’un « bon signal ». « Je vois des urgences s’améliorer. Il faut continuer de travailler fort », affirme la ministre, qui croit que des améliorations continueront à surgir dans la prochaine année grâce aux différentes mesures prises aux quatre coins du Québec.

Mme McCann souligne que ce sont surtout les hôpitaux manquant de lits d’hospitalisation qui éprouvent des difficultés aux urgences. Déjà, des ajouts de lits ont été prévus pour la région de l’Outaouais et pour les hôpitaux de Terrebonne (Pierre-Le Gardeur), de Saint-Jérôme et de Saint-Eustache. Mais puisque l’ouverture de ces lits ne se fera pas du jour au lendemain, la ministre assure qu’elle « adaptera les stratégies entre-temps » pour améliorer rapidement la situation. Elle augmentera notamment le nombre de places d’hébergement.

Cette année, 36 hôpitaux sur 80 atteignent la cible de 12 heures de durée moyenne de séjour aux urgences. Une cible vers laquelle tend toujours Mme McCann. « Ce n’est pas un engagement, mais c’est un objectif louable et important de faire que les personnes demeurent le moins longtemps possible aux urgences », dit-elle. Pour y arriver, Mme McCann veut notamment continuer de développer la première ligne et les soins à domicile.

Durée moyenne de séjour dans les urgences du Québec

2018-2019 : 14 h 12 min

2017-2018 : 13 h 42 min

2016-2017 : 15 h 36 min

2015-2016 : 15 h 42 min

2014-2015 : 16 h 42 min

Dure année au CHU de Québec

Deux des cinq sites du CHU de Québec ont vu leurs performances se détériorer cette année. L’hôpital de l’Enfant-Jésus est l’établissement ayant subi la plus forte décroissance au palmarès, passant de B à C-. La durée moyenne de séjour y est passée de 15 heures à 17 heures. Directeur de la clientèle des urgences au CHU de Québec, Pierre-Patrick Dupont explique que la clientèle âgée a entre autres pesé lourd sur les performances de l’hôpital. À l’hôpital du Saint-Sacrement, 40,8 % des patients soignés aux urgences en 2018-2019 avaient 75 ans ou plus. « Québec est l’une des régions avec le plus de patients âgés au prorata de la population », dit M. Dupont, qui estime que « le profil démographique de Québec est un défi en soi ».

La Côte-Nord en bas de classement

Les deux hôpitaux desservant la Côte-Nord, soit ceux de Sept-Îles et de Baie-Comeau (Le Royer), voient leurs performances chuter de façon draconienne cette année au palmarès. Avec une durée moyenne de séjour de 20 h 36 min, l’hôpital de Baie-Comeau voit son score passer de B- à C-. La porte-parole du CISSS de la Côte-Nord, Sandra Morin, explique qu’au cours de la dernière année, plusieurs patients ont dû être placés en isolement aux étages à la suite notamment d’une contamination à certaines bactéries. « Cela a eu pour effet de diminuer l’accès aux lits d’hospitalisation pendant quelques mois puisque nous devions transformer les chambres multiples en chambres privées, et a donc indirectement augmenté la durée moyenne de séjour à l’urgence », écrit Mme Morin. À Sept-Îles, une vingtaine de patients en fin de soins actifs ont occupé pendant des mois des lits en hospitalisation « en attendant d’être orientés vers une ressource adéquate (soit une ressource intermédiaire ou en CHSLD ou encore en soins palliatifs) ». « Cela mettait une pression sur l’urgence et a eu un impact sur la durée moyenne de séjour », affirme la porte-parole, qui estime que la région manque surtout de places en ressources intermédiaires.

Des aînés qui pèsent lourd

En 2018-2019, 44,9 % des patients qui se sont présentés aux urgences de l’hôpital Santa Cabrini à Montréal avaient 75 ans ou plus. Il s’agit de la proportion la plus élevée de la province. La Dre Martine Leblanc, directrice des services professionnels du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, explique que ces patients sont plus vulnérables et sont plus souvent hospitalisés, ce qui augmente la pression sur les urgences. Malgré la présence marquée de cette clientèle âgée, l’hôpital Santa Cabrini a amélioré ses performances cette année et est passé d’une note de C à B-. La Dre Leblanc souligne que le personnel de l’est de Montréal gère une clientèle âgée depuis des années. « On s’est adapté », dit-elle. Même si la durée moyenne de séjour aux urgences a augmenté à Santa Cabrini, la durée moyenne d’hospitalisation a diminué, preuve que les pratiques s’améliorent, selon la Dre Leblanc.

Urgences ayant soigné les plus fortes proportions de patients âgés de 75 ans et plus en 2018-2019

Hôpital Santa Cabrini : 44,9 %

CHU de Québec-Saint-Sacrement : 40,8 %

CH Grand Portage/Rivière-du-Loup : 40,2 %

CHU de Québec-Saint-François-d’Assise : 38 %

Hôpital de Maria : 36,9 %

Hôpital Fleury : 36,9 %


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