jeudi , 23 mai 2019
Accueil » Actualité » Vivre avec un trouble du déficit de l’attention, c’est souvent se sentir incapable d’avoir une vie normale

Vivre avec un trouble du déficit de l’attention, c’est souvent se sentir incapable d’avoir une vie normale

Le titre original de cet article (Living with ADHD Often Feels Like Failing at Living Normally) est en partie tiré d’une conférence TED de Jessica McCabe que j’ai regardée fin 2018. Je suspectais déjà de plus en plus être atteinte d’un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (TDAH) non diagnostiqué. Après avoir vu cette conférence, j’en ai été convaincue.

J’en ai eu la confirmation cinq mois plus tard lorsqu’on m’a enfin orientée vers un spécialiste qui m’a annoncé, d’un air vaguement désolé, que je souffrais sans aucun doute du TDAH: « Vous faites partie des 2% de la population concernés. Ça fait 1h30 qu’on est ensemble et, franchement, vous n’avez jamais arrêté de gigoter. » En l’entendant, j’ai ri. Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre?

Après cet entretien, je suis rentrée chez moi et j’ai revisionné la conférence TED avec mes parents. Puis, à la fois soulagée d’avoir enfin un diagnostic et bouleversée de savoir tout ce que j’ai enduré sans pouvoir me l’expliquer, j’ai fondu en larmes.

Le TDAH est fortement connoté. On pense aux garçons qui perturbent les cours depuis le fond de la classe, rarement aux filles. Au collège et au lycée, je me faisais renvoyer d’un cours presque chaque semaine parce que je parlais trop. À l’école primaire, tous mes bulletins soulignaient ma propension à rêvasser. Mais j’avais d’excellents résultats et, même si j’étais familière de ce genre de petits ennuis, je n’ai jamais eu de problèmes de mauvaise conduite. Contrairement aux idées reçues, le trouble de l’attention/hyperactivité n’était pas pour moi un handicap à l’école. Au contraire, la créativité exacerbée qui va de pair m’a aidée à développer un don pour l’écriture. J’étais aussi hyper bonne en anglais et en histoire.

À la fac, ça a été plus compliqué. J’avais du mal à rester assise des heures à la bibliothèque et, malgré des résultats corrects, j’avais l’impression de ne pas donner le meilleur de moi-même. Je m’efforçais d’admettre que je n’avais pas assez travaillé. En un sens, c’était vrai, mais si j’avais su alors ce que je sais à présent, j’aurais pu adopter une autre approche. Le cerveau d’une personne atteinte de TDAH a besoin d’être stimulé pour se concentrer. C’est quand je suis en mouvement que j’arrive le mieux à réfléchir. En écrivant ces lignes, je change constamment de position et je ne vais sans doute pas tarder à me préparer une tasse de thé, juste pour le plaisir de le faire, bien que je vienne d’en boire une. Si je ne m’inquiétais pas outre mesure d’avoir des 13 plutôt que des 20/20, j’ai commencé à avoir de plus en plus de soucis psychologiques. C’est après la fac que le TDAH s’est vraiment révélé.

Ce que la plupart des gens ne savent pas, c’est que les symptômes du TDAH sont bien plus variés que l’agitation ou le manque de concentration. Ce « trouble » traduit un développement différent du cerveau, dans sa structure, ses fonctions et sa composition chimique. Les personnes souffrant du TDAH sont bien plus émotives. J’ai toujours su que j’étais sensible, et mes épisodes réguliers de dépression et de frustration intense m’ont poussée à consulter pour vérifier que je n’étais pas bipolaire (diagnostic négatif).

À 24 ans, en désespoir de cause, j’ai commencé à prendre des antidépresseurs. On n’y voit clair qu’avec le temps mais, avec le recul, il semble évident que je n’étais pas déprimée: je suis bien trop optimiste de nature. J’ai vu plusieurs médecins dont aucun n’a réellement été capable identifier mon problème. Je perdais tout le temps des choses et en cassais d’autres dans des mouvements brusques et incontrôlés, je dépensais toujours trop d’argent, j’agissais de façon impulsive lorsqu’il fallait faire preuve de réflexion, et je me supportais de moins en moins. Alors que tous les autres semblaient trouver leur voie, devenir adultes, quitter le foyer familial et s’assumer financièrement, je me sentais de plus en plus isolée. Ce n’est qu’à 26 ans, quand j’ai déménagé à Berlin pour travailler dans une rédaction, qu’on m’a suggéré que je pourrais être atteinte du TDAH (quand on travaille dans un bureau, devoir bouger pour pouvoir réfléchir est très perturbant).

En faisant des recherches sur le TDAH, j’ai eu l’illumination que j’attendais. Je suis tombée sur plusieurs articles expliquant que ce trouble était diagnostiqué chez beaucoup de femmes de mon âge. Il se manifeste différemment chez les garçons et chez les filles, et passe souvent inaperçu chez ces dernières. Chez les garçons, on observe plutôt un comportement turbulent et une tendance à faire des bêtises, tandis que les filles sont davantage dans la rêverie, perdent ou oublient des choses.

Après cette première consultation, j’ai mis un an à voir un psychiatre, qui m’a mise sous Ritaline. Un désastre. Puis je suis passée au Strattera, que je prends toujours et qui me convient mieux (contrairement à la Ritaline, ce n’est pas un stimulant et il ne me donne pas de crises d’angoisse, même si je ne suis pas totalement convaincue que ça m’aide à me concentrer). Être diagnostiquée a été bénéfique car j’ai pu mieux comprendre ce qui m’arrivait. Je me sens toujours différente mais, au moins, je sais pourquoi.

J’apprends à mettre en place des stratégies pour m’acquitter des tâches quotidiennes qui me dépassent. J’en suis à ma sixième carte de crédit cette année mais je suis déterminée à la garder au moins jusqu’à Noël (restons lucides). Je fais plus d’efforts que jamais pour gérer mon argent en établissant un budget quotidien que je respecte… parfois. L’impulsivité est plus difficile à contrôler, mais je suis quelqu’un de sensé et je crois être sur la bonne voie. C’est bizarre de me dire que je ne résoudrai jamais entièrement ces problèmes.

Mais j’apprends aussi à m’aimer, y compris mes côtés les plus énervants. Si je n’étais pas atteinte de TDAH, je n’aurais sans doute pas osé m’embarquer dans les projets créatifs et risqués dont je suis le plus fière: me présenter aux élections parlementaires à 25 ans, avoir récemment organisé une exposition. Je ne serais pas non plus la femme passionnée que je suis. Le cerveau d’une personne atteinte de TDAH cède facilement à l’ennui. C’est pourquoi on plonge à corps perdu dans tout ce qu’on trouve d’intéressant. Et si je suis plus émotive que la normale, j’ai aussi une plus grande capacité à aimer et à faire preuve d’empathie, les deux côtés de la médaille en matière de sensibilité.

Comme pour tous les « troubles », le TDAH est bien plus complexe que ce qu’on en dit communément. J’en conclus que si j’aurai toujours du mal avec certains aspects qui semblent faciles pour les autres, j’excelle aussi dans certaines choses que la plupart des gens ne songeraient même pas à essayer.

Je suis peut-être incapable de mener une vie ordinaire, mais je suis douée pour l’extraordinaire. Et ça, ce n’est pas rien!

Ce blog, publié sur le 4Suisse britannique, a été traduit par Valeriya Macogon pour Fast ForWord.


Première apparition

A lire aussi: